Vomirencostard – Blog d'un thésard sériephile cinéphile

24 août 2009

Inglorious Basterds

L'affiche française du film Inglorious Basterds de Quentin Tarantino

Inglorious Basterds est une œuvre d’art réalisée et écrite par Quentin Tarantino avec Christoph Waltz (prix d’interprétation masculine à Cannes pleinement mérité), Mélanie Laurent (belle et émouvante), Brad Pitt (is a basterd et un excellent acteur, cette fois dans un registre plutôt comique presque à la Burn After Reading), Eli Roth, Til Schweiger, Julie Dreyfus (toujours une assistante, mais moins fatale cette fois), Mike Myers (un petit rôle sur mesure où il est parfait), Diane Kruger et encore plein de monde.

Comme d’habitude le film est divisé en chapitres, mais suivants un ordre chronologiques cette fois. Dès le premier apparait le lieutenant SS Chasseur de juifs Landa (Christoph Waltz) aimable, affable, bilingue et terrifiant. Il a pour mission de trouver (et d’éliminer) une famille juive planquée dans une ferme. Mission qu’il accomplira avec brio en jonglant entre l’anglais et le français. Il ne laissera s’échapper (par jeu) que Shosanna (Mélanie Laurent), la fille ainée.
En quelques minutes Waltz bouffe l’écran par sa présence, lui qui n’a joué que dans des téléfilms et quelques films allemands. Sa tirade du rat et de l’écureuil est brillament interprétée avec un naturel qui fait froid dans le dos.

Nous faisons ensuite connaissance, trois ans plus tard, avec le lieutenant juif américain Aldo Raine (Brad Pitt) et sa bande de bâtards qui ont pour mission de tuer, écorcher, déchiqueter, tabasser et scalper du nazi. Leur mission évoluera vers la préparation d’un attentat contre les hauts fonctionnaires nazis présents lors de la présentation du dernier film de Goebels. Ils seront aidés pour cela par Bridget von Hammersmark (Diane Kruger), une célèbre actrice allemande espionne pour le camps Allié.
À cause d’un concours de circonstances cette présentation aura lieu dans la petite salle de cinéma parisienne qu’a reprise Shosanna qui voudra, bien sûr, se venger.

La mise en scène et la réalisation sont léchées, soignées, millimétrées. Distillant tour à tour de la tension, de la crainte ou du romantisme. Naturellement nous ressentons ce que ressentent tous les personnages présents. On est par exemple tendu et fébril lors des interrogatoires de Waltz. La caméra joue beaucoup avec le hors-champs (par exemple lors de la première scène où un traveling nous dévoile la cachette de la famille juive). La violence est magnifiquement filmée. Une scène barbare peut, grace à Tarantino, devenir ou belle, ou terrifiante, ou puissante ou envahissante (dans le sens où la violence envahit tout l’espace non seulement du film, mais aussi de la salle de cinéma).
Les acteurs jouent tous magnifiquement bien. Certes la plupart ont beaucoup de talent mais, surtout, Tarantino est un incroyable directeur d’acteur. Il peut faire jouer n’importe quoi à presque n’importe qui.
Les dialogues sont fins et maitrisés. Le lieutenant Landa utilise un langage particulièrement soutenu en trois langues différentes (en VF, quatre en VO). Certaines de ses tirades sont très osées et font froid dans le dos. Les basterds utilisent un langage plus argotiques, souvent dans un registre plutôt comique cette fois. Quelque soit le registre et le niveau de langue les dialogues de Tarantino sont excellents.

Affiche promotionnelle pour Inglorious Basterd de Quentin Tarantino - Brad Pitt is a Basterd

Ce film revendique clairement la puissance du cinéma en tant qu’Art. Ce film est un grand cri d’Amour envers le Cinéma, tous les cinémas (d’ailleurs, à Cannes, le cri de ralliement de Tarantino et sa bande était « Because we love making movies », et c’était visiblement sincère). C’est dans une salle de cinéma, grace au cinéma, que sera modifiée l’Histoire : impossible de trouver symbole plus grand, plus beau, plus explicite.
Ce film n’est pas un recueil de citations cinéphiliques comme avait pu l’être Kill Bill, où chaque plan était une référence pour initié. Ici clairement Tarantino rend encore hommage, mais de manière moins intrusive.
Ce film n’est pas une œuvre pop. Les objets triviaux ne sont pas mis en valeur. Les gestes quotidiens ne se démultiplient pas et ne prennent pas une importance démesurée. La banalité n’est pas l’objet d’attention.
Ce film est une œuvre pop. En effet, quoi de plus pop que de réécrire l’Histoire et de la prendre à son compte? Que de respecter l’époque et le lieu sur des détails maniaques (affiches de film, publicités peintes sur les murs) mais pas sur les grandes lignes? Que de redonner toute son importance aux langues (il y a des dialogues en français, allemand et italien – + anglais pour la VO -), aux accents (Brad Pitt et son accent campagnard et son italien ignoble, la scène au café avec les différents accents allemands) et au langage (tous les dialogues sont finement écrits, en plusieurs niveau de langage – de l’argotique au soutenu-)?

Je reviendrai sans doute une nouvelle fois sur ce film, pour m’étendre plus longuement sur sa mise en scène et sa réalisation, sur son rapport au temps (qui s’étire comme dans un Sergio Leone), sur l’importance de la langue dont Tarantino a beaucoup parlé au cours des interviews (la scène où Brad Pitt parle italien est hilarante, celle où Christopher Waltz brise le fermier en parlant anglais plutôt effarante), sur la mise en abîme lorsque les nazis sont avertis de leur sort sur grand écran…

En bref, Inglorious Basterds est un grand film complexe, dense et parfaitement maitrisé à tous les niveaux. C’est un vrai chef d’œuvre de premier ordre, qui n’est ni un western, ni un film de guerre, ni un film de vendetta mais tout cela à la fois. C’est beau et fort. C’est de l’Art.

Christoph Waltz dans Inglorious Basterds

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