Vomirencostard – Blog d'un thésard sériephile cinéphile

31 mai 2009

Pierrot le fou, de Godard

Filed under: Critique de film — Étiquettes : , , , , , — vomirencostard @ 19:16

Pierrot le fou est un film politique présomptueux réalisé et écrit par Jean-Luc Godard avec Jean-Paul Belmondo dans un de ses plus mauvais rôles et Anna Karina qui récite ses dialogues comme un enfant de 10 ans récite une poésie.

Je souhaitais voir ce film depuis longtemps. Parce que c’est un film culte. Parce que c’est un film culte de la nouvelle vague. Parce que j’avais beaucoup entendu parler de la fameuse scène finale où Belmondo se fait exploser la tête à la dynamite. Parce que ce film a été interdit au moins de 18 ans au moment de sa sortie pour cause d’anarchisme moral.
Et pour toute ces raisons aussi j’ai regardé ce truc jusqu’à la fin.

Dès les premières minutes on comprend que ça va être long, présomptueux, barbant, assommant. Et plus on avance plus on comprend que nos premières impressions étaient plus que fondées.

Le film commence par un discours pompeux, récité en voix off par Belmondo, sur Velasquez. Ce discours est décalé, n’a rien à faire là. Belmondo lit en fait un bouquin sur l’histoire de l’art, dans sa baignoire. Par ce biais Godard veut montrer que Ferdinand (Belmondo) se sent déconnecté de ce monde purement matériel, qu’il préfère les grandes idées. C’est tellement grossier, tellement artificiel, tellement lourd, que ça ne fonctionne pas.
Ensuite Ferdinand part dans une soirée donnée par sa belle-mère. Toute la fête est filmée avec des filtres colorés, en plan fixe et laid. Sans doute pour faire un effet de style, je ne sais pas, en tout cas c’est raté. Toutes les personnes présentes à ce dîner récitent des espèces de discours publicitaires, des slogans, des phrases toutes faites, regard fixe vers la caméra. C’est sans doute censé montré encore une fois que le personnage de Ferdinand ne se sent pas à l’aise dans cette société capitaliste, désaxée et froide. Encore une fois c’est tellement grossier, tellement artificiel, tellement lourd, que ça ne fonctionne pas.
Là on en est à un quart d’heure de film. On en a déjà plus que ras-le-bol. Et ça continue comme ça, de plus en plus présomptueux et artificiel.

C’est sur-stylisé tout du long. Godard veut montrer qu’il est de la Nouvelle Vague, qu’il casse les codes cinématographiques en vigueur. Alors il invente. Sans aucune sincérité, sans aucun but dans la démarche autre que celui de casser les codes établis.
Les plans sont tous plus laids les uns que les autres, froids, distants et rigides.
Sans raison, d’un coup, au milieu du film il casse le quatrième mur. Le seul effet est de distancier encore plus le spectateur par rapport aux personnages, impossible de s’y attacher.
Certains personnages secondaires se présentent, regard fixe en plan fixe face caméra, pour expliquer ce qu’ils font là. On se demande d’où ça sort. Aucun effet comique, aucun intérêt.
L’avancement de l’histoire est « expliqué » en voix off par les deux personnages principaux, alternativement. « Expliquer » est un bien grand mot ici : ils nous débitent, récitent, une suite de mots ou de phrases, censés sans doute avoir une portée politique, voire philosophique. Ça casse le rythme, ça artificialise encore plus l’histoire.
Au final avec tout ça, on en arrive à un moment du film à se demander si Ferdinand/Pierrot hallucine ou rêve. Mais on n’est pas dans Taxi Driver et cet effet n’est pas volontaire.

Les dialogues, je l’ai déjà dit plusieurs fois, sont très présomptueux, pompeux. Les discours politiques s’accumulent. Tous sont faciles ( je paraphrase : « le communisme c’est pas bien, le capitalisme non plus. C’est que des doctrines limites dictatoriales » un adolescent boutonneux n’aurait pas dit mieux), vides d’intérêt et d’originalité, sortis de nulle part.
L’histoire est très difficile à suivre au milieu de tout ça. Et surtout, on n’a aucune envie de la suivre réellement. Et si on fait l’effort (ce que j’ai courageusement fait), on le regrette : c’est sans intérêt.
La musique ne remonte pas le niveau. On a même le droit à des passages chantés, manière comédie musicale de série Z. La photographie aussi est fade.

Et même Belmondo, acteur que j’adore pourtant même dans ses plus mauvais films, n’arrive pas à donner de la consistance et de la réalité à son personnage. Il est en roue libre au milieu de dialogues lourds et d’une histoire fade. Il fait ce qu’il peut, se raccroche aux branches, mais ne peut pas faire de miracle.
Anna Karina est insupportable. Elle récite ses dialogues, récite sa gestuelle, récite absolument tout et n’est à aucun moment vaguement crédible. Heureusement elle est jolie.

En bref le statut de film culte de Pierrot le fou est galvaudé. Ce film n’a rien à voir avec la Nouvelle Vague. D’ailleurs on ne peut pas appeler ça un film, ce serait une insulte au cinéma.
Rien ne remonte le niveau de ce truc. Non seulement c’est mauvais jusque dans les moindres recoins, mais en plus ça hurle à chaque scène « Hey, je suis un chef d’oeuvre, regarde comment j’ose inventer et faire des trucs jamais fait! ». Pas un seul moment léger qui permettrait au moins de passer un bon moment.

Pierrot le fou est un film long, lourd, présomptueux, atroce et insupportable.

21 mai 2009

La mauvaise éducation (Pedro Almodovar)

La mauvaise Éducation (La mala educación) est un film noir/sentimental/dramatique/romantique écrit et réalisé par Pedro Almodovar avec un Gael Garcia Bernal hypnotisant (que j’avais déjà repéré dans Babel d’Alejandro Gonzalez Iñaritu) et Fele Martinez pour l’autre rôle principal, moins captivant (et moins connu).

Je viens de regarder ce film sur Arte (puisque Étreintes brisées avec Penelope Cruz est sorti mercredi après être passé en compétition officielle à Cannes la veille on a le droit à plein de diffusions de film d’Almodovar sur notre petit écran, et on ne va pas s’en plaindre).

Alors, petite réaction à chaud. On sent une grande sincérité dans la mise en scène et l’écriture de ce film, ça sent d’une certaine manière le vécu, on sent que c’est un film très personnel. Néanmoins ce n’est pas un film autobiographique, loin de là (sauf si Almodovar a connu personnellement un prêtre homosexuel devenu un éditeur marié à tendances obsessionnelles et meurtrières…).
La mise en scène est très stylisée, parfois un peu trop (je pense en particulier à la scène de la piscine). Les scènes d’amour entre hommes sont filmées avec suffisamment de pudeur, de sincérité, sans volonté de choquer en tout cas et sans exhibitionnisme, ce qui est rarement le cas.
Le film va de l’histoire sentimentale au film noir, en passant par le drame, sans accrocs et avec maîtrise.

Malgré toutes ces qualités, j’ai eu un peu de mal à accrocher, surtout au début. Les dialogues ne sont pas percutants (la faute au doublage?). L’histoire a du mal à démarrer et ne s’avère pas au final suffisamment surprenante.
Pour moi ce film est un bon moment de cinéma, plein de maitrise et de sincérité, mais ce n’est pas du grand Almodovar.

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